VIe Agora du Grand Paris – soutenabilité énergétique

VIe Agora du Grand Paris – soutenabilité énergétique

Organisée par Paris-Ile de France Capitale Economique, la Fédération Régionale des Travaux Publics F.R.T.P. Ile-de-France et VINCI, la VIe Agora du Grand Paris a réuni le 13 juin 2018 Catherine LESCURE, déléguée régionale Ile-de-France d’EDF, Gérard FELDZER, Président fondateur de CARWATT, Consultant en aéronautique et en transports et Marc MICHEL, directeur de R(E)GREEN. Les échanges ont porté sur la capacité d’une ville-monde comme le Grand Paris à faire face aux nouveaux enjeux énergétiques.

Comment garantir un approvisionnement fiable en énergie à la fois propre et compétitive dans le Grand Paris pour les habitants et les entreprises ? Quels sont les nouveaux usages en Ile-de-France et quelles solutions et innovations commandent-ils ? Comment inscrire les projets du Grand Paris dans le cadre ambitieux de la transition énergétique ?

Catherine Lescure, déléguée régionale Ile-de-France d’EDF, Gérard Feldzer, Président fondateur de CARWATT, Consultant en aéronautique et en transports et Marc Michel, directeur de R(E)GREEN étaient invités le 13 juin 2018 par Paris-Ile de France Capitale Economique, la FRTP Ile-de-France et VINCI à répondre à ces questions et échanger sur la capacité d’une ville-monde comme le Grand Paris à faire face aux nouveaux enjeux énergétiques, aux nouveaux usages en ville et à réinventer ses modèles de production et consommation d’énergie.

Au même titre que la performance de son réseau de transport, la diversité de son offre culturelle, la qualité de l’écosystème de recherche, la soutenabilité dans toutes ses dimensions est un élément d’attractivité fort pour le Grand Paris et même déterminant dans le développement d’une métropole de premier rang mondial.

3 questions à …

Le Grand Paris, un territoire interconnecté et compétitif en énergie

Pour rappel, la France dispose d’un réseau de distribution électrique très interconnecté qui permet à la fois une péréquation tarifaire et une sécurité d’approvisionnement exemplaire grâce à la solidarité nationale entre les régions françaises mais aussi européennes. Ce réseau déjà très performant est renforcé chaque année par les investissements d’Enedis (500 M €sur 15 ans) et de RTE (>100 M €/an).

Par ailleurs, le mix énergétique français (nucléaire 48,3%, ENR 37,2%, thermique fossile 14,5%) lui confère un prix très compétitif par rapport au reste de l’Europe : l’énergie en France est en moyenne 28% moins chère.

L’électricité française est également l’une des plus propres au monde (5e position mondiale et 1ere en Europe pour les émissions de CO2 liées à la production électrique).

L’électricité ne constitue en revanche qu’une part mineure de la consommation énergétique francilienne, 70 % étant d’origine fossile et donc fortement émettrice de CO2, principalement dans les secteurs du bâtiment (résidentiel 29%,tertiaire 23%) et des transports (40 %).

Dans un contexte de basculement des usages et du développement de l’ « Internet des objets » et des mobilités électriques, l’enjeu pour l’Ile-de-France, qui importe 95% de l’électricité consommée par ses entreprises et ses habitants, est donc de décarbonner l’énergie en développant les énergies renouvelables locales mais aussi d’optimiser les consommations, notamment du bâti.

Catherine Lescure
Déléguée régionale Ile-de-France, EDF

Le Grand Paris, métropole soutenable et exemplaire ?

Les intervenants ont tous les trois souligné que le projet du Grand Paris ne doit pas manquer d’ambition en termes d’innovation. Le Grand Paris doit être la vitrine de l’excellence française : en matière architecturale dont les gares seront le témoignage, en matière de technologie de pointe et de recherche…

Mais le Grand Paris doit être aussi une vitrine du bien-être et de la qualité de vie, un projet qui place l’humain au cœur des préoccupations et part des usages pour élaborer les solutions de demain et lutter contre toutes les pollutions urbaines. Pour cela, les entreprises françaises de l’énergie (grands groupes et startups) doivent se mobiliser collectivement.

A ce stade, nos technologies ne permettent pas d’envisager une production « tout renouvelable » en Ile-de-France. Les freins au développement de solutions de production locale d’énergie (biomasse, méthanisation, géothermie) sont principalement d’ordre réglementaire : la réglementation en vigueur à Paris ne permet pas, par exemple, de d’installer la technologie photovoltaïque en toits d’immeuble.

Vu les restrictions imposées dans la ville-centre, les possibilités et opportunités de développement sont bien plus nombreuses dans le Grand Paris, en particulier sur les toits des entrepôts et dans les nouveaux quartiers en cours d’aménagement.

Gérard Feldzer
Président fondateur de CARWATT
Consultant en aéronautique et en transports

Anticiper les évolutions d’usage

Nous sommes aujourd’hui dans une ère où notre quotidien évolue avec de nouveaux modes d’habiter, de travailler et de consommer (co-living, coworking, e-commerce). Le numérique permet aussi de gérer différemment ses consommations (à distance).

Tous, nous devons dès à présent anticiper les usages de la société à horizon 2050. Pourquoi et quand se déplacera-t-on ? Avec quel(s) véhicule(s), quelles technologies ? Gardera-t-on la propriété des moyens de transport ? Quel sera le cycle de vie de ces nouvelles mobilités (recharge, recyclage, etc) ?

Etant donné qu’un véhicule électrique nécessite 8 fois moins d’entretien qu’un véhicule a énergie fossile, et donc moins de chauffeurs, de garagistes, etc., la Commission européenne estime qu’en 2050, 5 millions d’emplois sont amenés à disparaître dans le secteur automobile en Europe.

A l’instar de la révolution informatique qui a bouleversé de nombreux corps de métiers, la transition énergétique nous enjoint à anticiper la transformation des métiers. Tout comme à repenser les circuits traditionnels pour gagner en efficience, par exemple pour la logistique du dernier kilomètre (tram fret, vélo cargo, bateau fret, …).

Produire et consommer l’énergie en local

Selon les estimations de RTE, la consommation électrique en Ile-de-France devrait croître de 12 % d’ici à 2030, atteignant 77 500 GWh par an. Les projets d’infrastructures du Grand Paris Express devraient accroître la demande électrique de 950 GWh, soit l’équivalent de la consommation d’une ville comme Rouen ou encore celle du réseau de métro parisien actuel.

Afin d’anticiper la hausse de la demande et verdir les habitations, certaines sociétés comme R(E)GREEN proposent d’optimiser le bâti existant et d’investir dans la rénovation énergétique pour le rendre évolutif et vertueux, en particulier dans les actifs immobiliers qui n’ont pas été rénovés depuis 1990 et sont donc énergivores (ils sont 50 % à l’échelle du Grand Paris, soit 17 millions de m² sur les 26 que compte la première couronne).

En ligne avec les nouvelles normes RT2020 (réglementation thermique 2020), l’immeuble devient producteur d’énergie : des smart buildings faiblement consommateurs pourront se connecter à un réseau « smart grid » et alimenter en énergie le reste du quartier.

Marc Michel
Directeur de R(E)GREEN

La transition énergétique, vecteur d’innovations

Les appels à projets urbains innovants et autres concours d’aménagement dans le Grand Paris sont de puissants moteurs pour le développement de solutions nouvelles et performantes : cela oblige l’ensemble des acteurs de l’énergie (énergéticien, BTP, startups, etc.) à travailler ensemble et à innover pour répondre aux défis de la transition énergétique, dans les éco-quartiers par exemple où sont mis en œuvre des contrats à performance énergétique qui permettent de partager le bénéfice des économies d’énergie.

EDF va déployer à Nanterre Cœur Université un double smart grid (une première en France) dans un quartier où 60% de l’électricité produite sera d’origine renouvelable. (géothermie, solaire, mobilité électrique…).

Même si elle n’est pas encore assez incitative, la loi permet aujourd’hui de produire et consommer localement : cette autoconsommation offrira la possibilité de stocker l’énergie produite en local, par exemple dans des voitures électriques grâce à la technologie du « smart charging » en cours de développement. Le raccordement du véhicule électrique au réseau permettra en outre de lisser la consommation dans le temps et éviter les « pics » sur le réseau électrique aux heures de pointe.

Plébiscité au début du mois de juin par le Ministre de la Transition écologique et solidaire dans un plan de déploiement ambitieux au niveau national, l’hydrogène constitue une très bonne énergie de stockage et un outil d’avenir pour la transition énergétique aux côtés d’autres énergies renouvelables étant donné sa neutralité carbone.

C’est bien l’accompagnement des startups, d’initiatives effervescentes et l’expérimentation de solutions diverses qui permettra d’adapter les infrastructures existantes et d’innover.

A ce titre, les Jeux Olympiques et Paralympiques en 2024 constituent une formidable opportunité et un accélérateur pour expérimenter et réinventer les usages de la ville.