La ville la plus verte : de la transition écologique à l’image de marque

La ville la plus verte : de la transition écologique à l’image de marque

Les Métropoles Zéro Carbone

En 2015, Paris accueillait la COP 21, sommet mondial qui a donné lieu aux Accords de Paris ratifiés par 174 pays et par l’Union Européenne. Le Grand Paris, métropole d’accueil d’une concertation écologique internationale, fortement médiatisée, et porteuse d’espoirs pour les jeunes générations du monde entier marque alors son positionnement pionnier dans le domaine environnemental. Mais au-delà du leadership politique, quelle image la capitale française a-t-elle réussi à diffuser sur la scène écologique mondiale ? Comment concilier dynamiques urbaines et objectif zéro carbone ? Comment les entreprises contribuent-elles à faire du Grand Paris une référence mondiale du progrès écologique ? Quelle frontière entre l’image verte et le green-washing ?

Le Forum Global Cities Makers a réuni quatre experts de la performance et de l’attractivité vertes, engagés dans la transition écologique, lors de la table-ronde The Greenest City : Marc Lhermitte, associé et EMEA Lead au cabinet EY, Marie-Claude Dupuis, directrice stratégie, innovation et développement du groupe RATP, Catherine Lescure, directrice régionale Ile-de-France du groupe EDF, et Ralf Ploenes, vice-président Raritan Europe et vice-président de Legrand Datacenter Solutions Germany.

Les entreprises : moteurs et modèles d’un Grand Paris écologique

L’ambition écologique est devenue une injonction que les entreprises doivent prendre en compte aussi bien dans leur activité propre que dans leur choix d’implantation territoriale. Elles-mêmes soumises aux exigences environnementales et éthiques accrues des consommateurs, investisseurs et de leurs partenaires, elles appliquent à leur tour les mêmes critères aux territoires dans lesquels elles envisagent d’investir ou de s’installer. Trois critères majeurs motivent leur choix : les transports (qualité, densité, intermodalité), l’énergie (sécurité, efficacité, propreté) et l’environnement paysager. De telles exigences sont sources de progrès écologiques pour les villes désirant attirer ces entreprises et profiter de nouvelles opportunités économiques.

« Le Grand Paris a une perspective verte très importante [3e grande métropole la plus verte, NDLR], et ça ne se sait peut-être pas assez. »

Marc Lhermitte
Associé, EY

Pour renforcer son attractivité auprès des entreprises internationales, le Grand Paris sollicite l’ensemble de ses acteurs publics et privés, principalement dans les secteurs de la mobilité et de l’énergie. Marc Lhermitte l’affirme, « la ligne de partage entre les métropoles européennes qui ont une forte attractivité se dessine selon le nombre de voitures pour 100 habitants ». Encourager les modes de transport alternatifs à l’automobile est l’un des leviers d’action des collectivités locales afin de rendre le Grand Paris plus accueillant et réduire son empreinte carbone. Il faut donc être en mesure d’offrir aux citadins des modalités de transport efficaces, denses, plurielles et écologiques. Le groupe RATP mise ainsi sur l’innovation en transformant, par exemple, 25 dépôts de bus en espaces multifonctionnels, de vie, de loisir, et décarbonés. Le dépôt de Lagny, dans le XXème arrondissement de Paris, devient ainsi un espace 100% électrique, accueillant bureaux, ateliers et crèches.

Le secteur énergétique est également le reflet des ambitions écologiques des villes. En ce sens, « il y a une véritable prise de conscience, explique Catherine Lescure. Les métropoles orientent leurs actions avec des plans climat et énergie vers une neutralité carbone à l’horizon 2050 ». Dans la lignée de la loi sur la transition écologique (2015), la région Ile-de-France a pour objectif de développer d’ici 2030 l’énergie solaire en multipliant ses capacités par 60. Un horizon ambitieux auquel le groupe EDF prend part, et qui nécessite la collaboration d’autres acteurs urbains tels que les promoteurs et constructeurs immobiliers.

« Il faut montrer l’exemple : le groupe RATP est pionnier dans la transition électrique de sa flotte de bus. »

Marie-Claude Dupuis
Directrice Stratégie, Innovation et Développement du groupe RATP

L’innovation verte et la politique pionnière d’une ville dépend également de services intelligents et connectés. Initialement réservés aux banques et aux assurances, les data centers récoltent désormais les données des acteurs et des infrastructures permettant d’optimiser l’efficacité des services et des produits urbains (appareils connectés, bâtiments, transport, signalétique…). A l’heure où certaines villes ont affirmé vouloir se défaire de ces data centers, consommateurs d’espace et d’énergie, Ralf Ploenes explique qu’il faut justement rendre ces centres plus performants, les mettre au service du progrès écologique des villes. Des infrastructures et services urbains plus efficaces et plus adaptés aux besoins des métropoles, cela signifie une réduction du gaspillage énergétique, foncier et de temps.

Pour Marie-Claude Dupuis, il s’agit de “montrer l’exemple”. Cela passe par la tenue d’engagements internes aux entreprises (EDF s’engage par exemple à réduire de 40% ses émissions de CO2), par l’export de l’expertise française (le groupe RATP est pionnier dans la transition électrique de sa flotte de bus) mais également par la construction d’une image verte.

Renforcer l’attractivité verte du Grand Paris

L’ambition des engagements et de l’horizon fixée à la fois par la France, les pouvoirs publics et entreprises du territoire francilien ne jouit pas encore du rayonnement souhaité à l’échelle du Grand Paris. Les villes bénéficiant de la meilleure perception selon des critères environnementaux demeurent les métropoles de taille moyenne : Oslo, Stockholm, Helsinki, etc. Or, parmi les plus grandes métropoles mondiales, Paris et sa région se classent en troisième position, après Londres et Francfort. “Le Grand Paris a une perspective verte très importante, et ça ne se sait peut-être pas assez”, explique Marc Lhermitte. Comment faire savoir, faire rayonner et changer les perceptions ?

« Les Jeux, il faut qu’on les utilise à la fois dans les démonstrations [des solutions vertes innovantes] et dans la communication auprès du grand public »

Catherine Lescure
Directrice régionale Ile-de-France du groupe EDF

L’image d’une ville, c’est à la fois ce qu’elle donne à voir, et ce qu’elle dit d’elle-même.

Parmi les critères d’implantation territoriale des entreprises cités par Marc Lhermitte, figure l’environnement paysager. Ce critère de perception comprend le degré de piétonisation des espaces, leur végétalisation, la gestion des déchets quotidiens, etc. C’est pour satisfaire cette exigence croissante que les aménageurs (notamment les quartiers d’affaires, dont Paris La Défense) mènent de nouvelles politiques d’aménagement libérant davantage d’espaces verts, dédiés aux loisirs, intégrant du mobilier et des services connectés, et favorisant la cohabitation entre piétons et cyclistes. Les paysages d’une ville représentent une part non négligeable de son image. Ils constituent le premier contact qu’entretient un investisseur ou un collaborateur avec la ville, et peuvent par ailleurs être largement diffusés grâce aux réseaux sociaux parmi le grand public.

« Il faut justement rendre ces centres de données [data centers] plus performants, les mettre au service du progrès écologique des villes ».

Ralf Ploenes
Vice-Président de Raritan Europe, Vice-Président de Legrand Datacenter Solutions Germany

A l’instar d’une entreprise qui mise sur une identité singulière, unique, la ville verte peut mettre en relief une identité qui puise dans ses ressources environnementales. Comme l’indique Catherine Lescure, chaque région, chaque ville bénéficie de potentialités qui lui sont propres : l’Occitanie est ensoleillée, l’Ile-de-France est traversée de courants d’énergie thermique. Voilà autant d’atouts à exploiter pour alimenter les solutions concrètes d’optimisation énergétique. Mais elles peuvent aussi faire l’objet d’une communication à part entière : promouvoir un Grand Paris vert, cela pourrait revenir à promouvoir l’innovation géothermique du Grand Paris.

Enfin, la course aux événements internationaux va de pair avec la course au rayonnement des métropoles mondiales. Les Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 sont ainsi l’occasion pour le Grand Paris de redoubler d’efforts en matière de transition écologique, de multiplier les solutions innovantes, et de faire la démonstration de cette attractivité croissante. Le Grand Paris regorge de solutions vertes : de la modernisation et l’extension des transports en commun, à la sécurité des services connectés, en passant par les progrès de l’énergie hydrogène, ce sont autant d’innovations qu’il s’agit de mettre en lumière. “Les Jeux, il faut qu’on les utilise à la fois dans les démonstrations, et dans la communication auprès du grand public”, soutient Catherine Lescure.