La ville augmentée, espace-vitrine ou lieu de vie ?

La ville augmentée, espace-vitrine ou lieu de vie ?

Rendre un territoire attractif, cela revient à le faire exister dans les esprits, en fixer une identité singulière et reconnue, susciter l’adhésion, et y appeler des dynamiques fédératrices et innovantes. L’attractivité des métropoles est à première vue conçue et adressée à des parties prenantes extérieures : touristes, investisseurs internationaux, start-ups étrangères… Or, les métropoles mondiales sont également des lieux de vie. Les projets de renouvellement et de rayonnement des villes sont pensés selon des logiques de plus en plus horizontales, démocratiques, par et pour les populations qui y vivent.

Invités du Forum Global Cities Makers 2020, Marie-Célie Guillaume, Directrice générale de Paris La Défense, Jan Bunge, Directeur général de Squint/Opera et Jonathan Chemla, Directeur de la technologie d’Iconem ont débattu du rôle des nouvelles technologies dans la promotion du territoire et la construction de son image de marque.

Ces outils modernes figent-ils les villes en vitrine ou facilitent-ils le quotidien des usagers ?

Qu’est-ce qu’une ville augmentée ?

« Une ville augmentée est avant tout une ville qui offre une grandeur de vie« , comme le souligne Marie-Célie Guillaume. Les villes sont de plus en attentives à offrir à leurs usagers le meilleur confort de vie en répondant aux attentes d’accessibilité, de progrès écologique ou encore de culture.

Plus ancien et plus grand quartier d’affaires en Europe avec 500 entreprises installées dans près de 3,5 millions de m2 de bureaux, le quartier de La Défense témoigne depuis quelques années de ces profondes mutations. Construit au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, ce quartier était un signal fort donné aux Français et au monde de la reconstruction du pays à travers ses métropoles. L’intention originelle d’en faire un quartier mono-fonctionnel, dédié au travail, a longtemps primé dans les esprits, le rendant peu attractif pour le grand public.

Aujourd’hui, fidèle à son statut avant-gardiste et reflet des mutations urbaines mondiales, le quartier Paris La Défense veut renouveler son image en se diversifiant. Espaces piétons, pistes cyclables, végétalisation de la dalle, concerts et événements, la ville augmentée est celle qui multiplie les usages, concentre les activités humaines, et anticipe les impératifs de durabilité.

« Une ville augmentée est avant tout une ville qui offre une grandeur de vie. »

Marie-Célie Guillaume
Directrice générale de Paris La Défense

La ville augmentée est aussi celle qui se donne à voir grâce aux nouvelles technologies, qui rayonne par-delà ses frontières. Jan Bunge l’assure : mener de grands projets sans communiquer sur ces derniers est, à l’ère numérique, une vaine entreprise. Il faut représenter la ville, la rendre visible, accessible, par l’immersion que permettent ces nouveaux procédés. S’agissant d’espaces en construction, les innovations technologiques offrent la possibilité de visualiser un quartier en devenir, de s’immerger son environnement proche et dans l’atmosphère d’une ville encore à l’état de projet. C’est le travail qu’entreprend Squint/Opera en collaborant avec ingénieurs et architectes depuis l’élaboration d’un projet d’aménagement jusqu’à sa commercialisation finale. L’entreprise spécialisée en branding urbain participe donc à la fois à concevoir les plans d’une ville grâce aux techniques de visualisation en 3D et à promouvoir le produit final auprès de futurs usagers ou de partenaires internationaux.

La même démarche de promotion des sites urbains mobilise les collaborateurs d’Iconem. La start-up française spécialisée dans la reconstitution 3D de villes et de monuments menacés ou détruits contribue à sa manière à faire rayonner les marqueurs identitaires, le patrimoine, et les spécificités de chaque lieu. L’objectif est double : comme l’affirme Jonathan Chemla, il est à la fois d’enregistrer et de diffuser la mémoire de sites inaccessibles ou disparus, et d’offrir par ailleurs une base visuelle précise pour des travaux de restauration tels que ceux de Notre-Dame de Paris.

« L’objectif pour ICONEM est double : enregistrer et diffuser la mémoire de sites inaccessibles ou disparus, et offrir une base visuelle pour des travaux de restauration comme ceux de Notre-Dame de Paris »

Jonathan Chemla,
Chief Technology Officer d’ICONEM

La mise en lumière et en images de joyaux architecturaux et de projets d’aménagement naissants est une opportunité pour les métropoles mondiales de faire connaître et faire voir leurs richesses à travers le monde.

Une ville attractive, mais pour qui ?

Les villes font l’objet d’études et de baromètres de plus en plus nombreux mettant l’accent sur les perceptions et les données qualitatives. Elles ne sont plus seulement jugées selon des indicateurs chiffrés portant sur des taux d’investissement, d’imposition ou de fréquentation touristique. « On juge une ville par la façon dont on s’y sent […] par un lien émotionnel » explique Jan Bunge.

Communiquer à propos de sites qui n’existent pas encore, c’est créer des environnements dans lesquels ces espaces prennent vie, et par là-même faire ressentir les lieux, à ceux qui en font l’expérience, avant leur création physique. Une telle démarche participative permet aux acteurs du projet d’impliquer les futurs usagers, de mesurer leurs impressions et d’adapter l’aménagement final.

« On juge une ville par la façon dont on s’y sent […] par un lien émotionnel »

Jan Bunge
Directeur général de Squint/Opera

La clé est donc d’impliquer les usagers dans la conception des villes. Et en cela, la démarche expérimentale n’est pas le propre des espaces en création. Elle est aussi généralisée dans les quartiers existants où travailleurs, résidents, et commerçants sont sollicités lors de projets de rénovation urbaine.

Des plateformes participatives ou encore la biennale du mobilier urbain sont proposées par Paris La Défense afin de susciter l’engagement et la réflexion des usagers, premiers concernés par la stratégie de renouvellement de l’image du quartier d’affaires, et par la forme que prendront ces espaces publics.

Il est également possible d’encourager la population à diffuser elle-même l’image de marque de sa ville. L’opération Open Notre-Dame menée par Iconem vise à collecter les photographies de la Cathédrale auprès des Parisiens et des visiteurs afin d’en reconstituer une maquette en 3D. Cette opération innovante,  d’ampleur mondiale, incite le public à participer à la reconstruction d’un emblème parisien, à partager cette expérience et à diffuser l’image de la métropole parisienne par sa cathédrale emblématique.