La pratique sportive au sein d’une grande ville : l’affaire de tous

La pratique sportive au sein d’une grande ville : l’affaire de tous

Le Grand Paris peut s’appuyer sur d’importantes ressources pour pérenniser et développer une pratique sportive dynamique et évolutive chez ses populations. Le sport est désormais un enjeu pour le public comme les acteurs privés ludique et fédérateur, et fait partie intégrante des modes de vies métropolitains. Le développement de la pratique sportive au sein de la métropole est devenu aujourd’hui un élément crucial, tant dans son développement interne qu’international. 

Aperçu de la pratique sportive au sein de la métropole parisienne 

On compte en Ile de France 7 millions de pratiquants réguliers chez les 4 ans et plus, soit 63% de la population. Pour les plus de 15 ans, 61% ont une pratique régulière. Les classes professionnelles et d’âge restent des facteurs discriminants (les jeunes et les diplômés ont davantage de pratique sportive). Les plus jeunes ont une meilleure forme et ont plus de temps pour pratiquer : 57% des 15-24 ans ont une pratique régulière, contre 43% des plus de 55 ans. Les cadres, et professions intermédiaires n’ont quant à eux pas forcément plus de temps libre que les employés et ouvriers mais pratiquent malgré tout davantage : 50% ont une pratique régulière, contre 43% chez les ouvriers et employés. Les femmes apparaissent moins sportives, avec 61% des plus de 15 ans qui pratiquent régulièrement, contre 66% des hommes (les sports choisis et les conditions de pratique apparaissent différentes). Il existe aussi quelques disparités entre les disciplines et les départements franciliens. Sur 2,4 millions de licenciés en Ile de France, le football est le premier sport en nombre, mais talonné de près par le tennis et la natation. A noter que l’offre culturelle et de divertissement constitue une solide concurrence à la pratique sportive, et la proximité du domicile demeure un critère central (4 franciliens sur 5 ont une pratique proche de chez eux).

L’essor du sport autonome 

En 2010, sur 47 millions de pratiquants, seulement 29% adhérent à une structure (deux tiers sont non affiliés). Le système fédéral n’est plus la seule porte d’entrée à la pratique du sport, et le modèle traditionnel est remis en cause par une volonté de liberté, « faire du sport, quand je veux, où je veux et avec qui je veux ». Une évolution suivie par le marché privé, qui compense un déficit d’adaptation des clubs aux modes de vie des citadins (horaires de bureau fluctuants, déplacements imprévus, changement plus fréquent d’emploi, cadre familial, garde partagée). L’engagement dans une structure fixe est plus difficile, et les structures privées se révèlent plus réactives, flexibles et à l’écoute de cette demande, allant jusqu’à diversifier l’usage de ces nouveaux espaces pour les besoins de la population (foot, basket indoor, escale, tarif à la séance, abonnement à l’année, restauration). L’essor des salles de sport témoigne de ce phénomène, la France étant devenue le troisième marché européen des salles de sport (derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni). La société Orange Bleue en est une bonne illustration, avec en dix ans 80 à 303 salles ouvertes et un chiffre d’affaire qui a dans le même temps augmenté de 25%. Les fabricants se sont eux aussi adaptés à cette démocratisation de la pratique sportive (gamme plus variée, propice à une pratique autonome). Le sport autonome est aujourd’hui une nouvelle facette de la pratique sportive, et doit être pris en considération, particulièrement dans le projet d’un Grand Paris du Sport, afin de destiner ce dernier au plus grand nombre. 

La prise de conscience du sport-santé  

Les besoins et attentes en matière de sport ont changé, au-delà des considérations de la compétition et de la performance. Seuls 8% des plus de 15 ans pratiquent le sport de manière intensive avec un objectif de compétition. Être bien dans son corps, retrouver un contact avec la nature, partager un moment de convivialité, sont désormais des motifs important de la pratique, accompagnés par une prise de conscience collective et de l’action publique, du sport comme vecteur de santé, vertueux dans la lutte contre la sédentarité ou l’obésité. L’efficacité d’une pratique régulière est notable, pour diminuer les risques de maladies (cardiovasculaire, l’hypertension, cancers, diabètes) dont le coût social et financier est très lourd. Cette nouvelle approche rejoint un développement de l’EPS, qui permet l’accès des jeunes de l’école primaire à la terminale d’avoir un accès au sport de façon hebdomadaire et de les sensibiliser sur ces enjeux. Ces nouvelles préoccupations et nouveaux usages apparaissent particulièrement prégnant dans de grandes métropoles comme Paris, où la densité, la congestion, la pollution ou encore le stress font partie intégrante du quotidien, et où l’exigence d’équilibre entre implication professionnelle et préservation de la santé physique et mentale d’une part, entre ville de nature de l’autre, se développent très nettement.   

Un éloignement des structures traditionnelles 

Écoles ou associations ne sont plus les seuls accès à la pratique. La diversification des réseaux sociaux joue un rôle dans le sport autonome, facilitant l’organisation et la planification d’un sport spontané et la diffusion des apprentissages alternatifs (application, tutoriel, vidéo). La période du confinement a considérablement accru ce phénomène, avec une augmentation de 61% de la pratique, et 266% du sport comme sujet sur les réseaux sociaux (230% pour le yoga, et 65% pour le fitness). En parallèle, les structures traditionnelles ont profité de la période pour s’emparer elles aussi des outils digitaux (pour les sportifs de haut niveau, les clubs, les fédérations). Mais si deux tiers des personnes pratiquent une activité en dehors d’une structure, cette proportion varie selon les disciplines.

A l’échelle européenne, les activités sportives se déroulent à 40% dans des parcs de plein air, 36% à la maison ou sur le trajet vers le domicile, 25% au travail, et seulement 13% dans un club. Les « sports accessibles » sont les sports moins contraignants (en termes d’équipements, infrastructures, règles), comme la course, emblème du phénomène, suivi par le vélo, la marche, le volley, le football, le basket, les sports de combat, le tai chi et la danse. Se distinguent ainsi trois catégories : le sport en nature avec 62 pratiques et 28,8 millions de pratiquants (dont 12,1% membre d’une fédération). Le sport bien-être (fitness, entretien, cardio), avec 35% de pratiquants dont 91% au moins une fois par semaine, et 1 français sur 2 sera pratiquant au cours de sa vie. Puis les sports urbains (parkour, skate, basket 3×3, football ou seul 25% des pratiquants sont licenciés). En 2015 on dénombre 235 terrains, avec 1 million de pratiquants réguliers et 3,2 millions de pratiquants occasionnels. Nombre de licenciés sont aussi des pratiquants autonomes et de nouveaux acteurs privés (Five FC, Urban Soccer) ont saisi ces opportunités, qui semblent aujourd’hui intéresser davantage la population. L’ensemble de ces nouveaux sports a  aujourd’hui une notoriété  mondiale, et le projet d’un Grand Paris du Sport ne doit pas les oublier car ils sont désormais centraux dans l’attractivité d’un territoire sportif. 

Un modèle de gouvernance en mutation 

La structure et le développement du sport français et de la pratique sportive sont traditionnellement pilotées par l’Etat et le mouvement sportif – organisé en fédérations sur un modèle associatif depuis les années 1960. Au-delà de la socialisation par le sport, c’est la compétition qui rythme et organise les fédérations (de l’échelle locale à l’échelle nationale). Et c’est la licence qui est au cœur de ce modèle économique, à la fois ressource financière, et auparavant mesure efficace du nombre de pratiquants. Mais ces dix dernières années, la licence fédérale a observé une stagnation entre 2,4 et 2,5 millions, et n’est plus le passage obligé pour un sportif régulier. De plus, elle peut regrouper différentes pratiques (compétition, loisir, dirigeant) et fait naître un écart entre licenciés et sportifs pratiquants. Si la fédération tenait auparavant fort à ce modèle de la licence sportive vers une pratique de haut niveau, elle doit désormais se réinventer avec des pratiques et des sportifs qu’elle a longtemps écartés de son champ d’action.

Deux objectifs doivent ainsi être poursuivis conjointement : prendre en compte ces nouveaux jeux et besoins (jusqu’à parfois les homologuer), et mener une démarche de valorisation, de communication et de partenariats pour faciliter l’échange des sportifs entre structures publiques et privées. Les clubs ont intérêt à répondre à ces nouveaux besoins, plus simplement en matière de compétition mais aussi de pratique conviviale de loisir, innovante, de la santé, de bien-être et de dépassement de soi. Les pratiques auto-organisées tendent à créer du lien, en rejoignant les grandes compétitions internationales de leur côté. Des approches « bottom-up » sur cette dynamique, et à l’inverse « top-down » ou de grandes compétitions s’ouvrent aux amateurs apparaissent alors. Des organisateurs privés comme publics se croisent  alors dans les évènements sportifs (Amaury Sport Organisation, GL Events, Adidas), penchant toujours la démocratisation des pratiques sportives pour tous. 

Ce croisement d’opportunités pour les sportifs amateurs comme professionnels constitue une nouvelle perspective, dont le développement serait un nouveau facteur d’attractivité considérable. Il ne s’agit pas simplement de faire du territoire du Grand Paris une métropole sportive d’un point de vue professionnel, mais désormais de répondre davantage au sport amateur. 

Et pour le Grand Paris ? 

La pratique sportive autonome est une dynamique que les instances sportives mais aussi territoriales ne doivent pas évincer de leur programme de développement. Elles sont le reflet de nouvelles attentes des populations, et l’organisation d’un territoire (accès, structures, tarifs) doit y répondre pour promouvoir le sport durablement, et atteindre le statut de véritable territoire sportif. 

La métropole parisienne possède à l’heure d’aujourd’hui de solides de ressources, qui peuvent contribuer à promouvoir une image de territoire sportif à travers le monde. Cependant, pour que le sport reste un levier d’attractivité et de rayonnement, la métropole doit dynamiser ses infrastructures, et surtout répondre à de nouveaux besoins. Afin de consolider son rayonnement international, le Grand Paris doit montrer qu’il sait s’adapter à l’évolution des pratiques sportives, ce qui va faire de lui une véritable métropole mondiale du sport.